RDC : Une recherche congolaise apporte une réponse scientifique aux défis climatiques à travers la restauration des savanes par l’agroforesterie

À Ibi-Batéké, la science démontre comment les plantations d’Acacia peuvent devenir un outil de lutte contre le changement climatique et un moteur de développement durable

Face à l’accélération du changement climatique, à la dégradation des terres et à la pression croissante sur les ressources naturelles, la recherche scientifique devient plus que jamais un instrument stratégique pour imaginer les solutions de demain.

C’est dans cette perspective que s’inscrit le travail doctoral de Henri-Paul Eloma Ikoleki, qui vient d’obtenir le grade de Docteur en Sciences Appliquées à l’Université Pédagogique Nationale (UPN), au sein de l’École de Télécommunication et Télédétection Spatiale (ETS), Département des Eaux et Forêts.

Sa thèse, intitulée « Stockage du carbone et dynamique de la végétation par l’imagerie satellitaire dans les plantations d’Acacia d’Ibi-Batéké en RD Congo », ouvre une réflexion importante sur la capacité des écosystèmes restaurés à contribuer simultanément à la protection de l’environnement et au développement socio-économique.

Une approche scientifique au service du climat

Grâce à l’utilisation de technologies modernes, notamment l’imagerie satellitaire, combinée aux mesures de terrain, à l’analyse de la biodiversité, aux données dendrométriques et à la modélisation climatique, Henri-Paul démontre que les plantations agroforestières d’Acacia peuvent jouer un rôle majeur dans la restauration des zones dégradées.

L’étude menée sur le plateau d’Ibi-Batéké en République démocratique du Congo révèle que la conversion progressive des savanes en espaces forestiers à travers l’agroforesterie favorise une augmentation importante de la biomasse et du stockage du carbone.

Une avancée particulièrement significative dans un contexte où les nations recherchent des solutions naturelles capables de réduire les émissions de gaz à effet de serre et d’améliorer la résilience des territoires face aux changements climatiques.

Les résultats de cette recherche montrent également que l’Acacia mangium possède une capacité supérieure de séquestration du carbone comparativement à l’Acacia auriculiformis, ce qui constitue une donnée scientifique importante pour orienter les futures politiques de restauration forestière.

Quand la forêt devient un levier de développement

L’intérêt de cette recherche dépasse largement le cadre environnemental.

Elle met en évidence un modèle où la restauration des savanes peut contribuer à améliorer les conditions de vie des populations locales.

À travers l’agroforesterie, les communautés peuvent bénéficier d’une amélioration de la production agricole, notamment le manioc et le maïs, d’une création d’emplois, d’une valorisation des produits forestiers comme les chenilles, les champignons et le miel, ainsi que d’une production énergétique mieux structurée.

Cette dynamique peut également favoriser l’émergence d’infrastructures sociales telles que les écoles et les structures sanitaires, démontrant que les solutions environnementales peuvent aussi devenir des solutions économiques et sociales.

Une contribution congolaise aux débats mondiaux sur l’environnement

À travers cette thèse, Henri-Paul inscrit la recherche congolaise dans les grands débats internationaux sur le climat, la biodiversité et le développement durable.

La République démocratique du Congo, souvent présentée comme un acteur majeur des enjeux forestiers mondiaux, montre ainsi que ses chercheurs sont capables de produire des connaissances utiles à l’échelle internationale.

Le travail présenté apporte un message clair : la lutte contre le changement climatique ne repose pas uniquement sur la protection des forêts existantes, mais aussi sur la capacité à restaurer les terres dégradées et à créer des modèles durables adaptés aux réalités locales.

Une reconnaissance scientifique de haut niveau

La qualité de cette recherche a été examinée par un jury composé de professeurs issus de plusieurs institutions universitaires.
Le jury était présidé par Dr Mbenga Mpiem Ley (UPN), avec comme secrétaire Dr Idrissa Assumani Zabo (UPN).
Les membres effectifs étaient :
Dr Jean Lejoly (Université Libre de Bruxelles),
Dr Kabasele Yenga Yenga Albert (UPN),
Dr Nsielolo Kitoko Ruffin (UPN).
Les membres suppléants :
Dr Mate Mweru Jean-Pierre (Université de Kinshasa) et Dr Indenge Y’Esambalaka José (UPN).

Une réussite académique qui ouvre une nouvelle étape

La soutenance du vendredi 12 juin 2026 marque une étape importante dans le parcours d’un chercheur dont les travaux s’inscrivent dans une problématique devenue centrale pour l’avenir de l’humanité.

Au-delà de l’obtention d’un doctorat, cette recherche rappelle que la science africaine peut proposer des solutions concrètes aux défis mondiaux.

En étudiant la relation entre forêt, climat et développement, Henri-Paul apporte une contribution qui dépasse les frontières académiques : une invitation à repenser la manière dont les sociétés peuvent restaurer la nature tout en construisant un avenir plus durable.

Conclusion : la recherche comme outil de transformation

La réussite scientifique d’Henri-Paul Eloma Ikoleki illustre le rôle essentiel de la recherche dans la construction des réponses face aux grands défis contemporains.

À travers l’étude des plantations d’Acacia d’Ibi-Batéké, cette thèse démontre que les enjeux environnementaux, économiques et sociaux peuvent être abordés de manière intégrée.

La restauration des terres, la séquestration du carbone et l’amélioration des conditions de vie des communautés ne sont pas des objectifs opposés, mais peuvent devenir les différentes dimensions d’une même stratégie de développement durable.

Dans un monde où la question climatique occupe désormais une place centrale dans les décisions politiques, économiques et internationales, les travaux issus de la recherche africaine prennent une importance particulière.

Cette contribution rappelle que l’innovation scientifique produite en République démocratique du Congo peut participer aux solutions recherchées à l’échelle mondiale, tout en répondant aux réalités locales.

Plus qu’une distinction académique, ce doctorat représente ainsi une contribution à la connaissance, un engagement pour la protection de l’environnement et une preuve supplémentaire que la science demeure l’un des leviers majeurs de transformation des sociétés.

Sempa Sebastiáo

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